Manifeste du salariat agile

18 mars 2017

Le salariat est régi dans son ensemble aujourd’hui par un système organisationnel hérité des débuts de l’ère industrielle. Les responsabilités sont organisées en couches hermétiques et opaques où les salarié-e-s au bas de l’échelle sont incité-e-s à se comporter de manière précise, docile et servile à une tâche très précisément affectée plutôt qu’à contribuer pro-activement aux valeurs de l’entreprise si ils en ont le désir. Valeurs auxquelles ils ne peuvent donc pas adhérer faute d’y participer réellement, et auxquelles on leur demande pourtant de s’identifier. Certains points de la hiérarchie censés faciliter la productivité et la communication se retrouvent régulièrement à être un véritable goulot d’étranglement de l’information et de la prise de décision, submergés par de trop nombreux choix à faire et de trop nombreuses responsabilités à assurer.

Nos salarié-é-s ont très souvent peur d’émettre des idées neuves ou des critiques à leur hiérarchie de peur de froisser ou d’être mal vue-e. Nous avons à faire à des « N+1, N+2 » ou des « supérieur-e-s », un vocabulaire quotidien qui infantilise et stérilise les salarié-e-s. Nous leur faisons ainsi intérioriser qu’un “N+x” vaut mieux qu’eux; et que ceux qui restent au plus près du terrain ne sont que « N » indifférencié-e-s.

Nous leur faisons intérioriser qu’il est grave de commettre une erreur en expérimentant une nouvelle piste alors que les entrepreneurs et entrepreneuses savent que l’erreur est le chemin de la solution nouvelle. Le carburant de la valeur ajoutée de l’entreprise et sa résilience à la concurrence, c’est son innovation, et si ses salarié-e-s peuvent l’y aider, elle devrait les accoucher plutôt que les stériliser.

Nous traitons la masse salariale comme nous traitons la culture dans les pays fortement industrialisés : comme une monoculture qui finit par épuiser le sol. Le turn-over est la jachère de ce modèle.

La principale manière de remonter les informations vers le haut ce sont les délégués du personnels ou les syndicats; souvent au moment où les choses sont déjà trop envenimées. Les salarié-e-s n’osant en général pas proposer des solutions ou émettre des critiques, ils / elles prennent le partie de dériver jusqu’au burn-out, bore-out ou brown-out. Ou bien utilisent des arrêts maladies pour retrouver du souffle.

Nous pensons que c’est là une perte de richesse pour toutes et tous; dans le seul but de conserver un modèle vertical à sens unique par habitude héritée du passé; une logique qui répondait aux attentes de l’industrialisation et des usines mais qui sied mal à la révolution du monde de l’information et de l’informatique que nous avons la chance de vivre; et dont nous avons à peine commencé à recueillir les fruits et les enseignements.

Je vis dans un pays où l’on ne cesse de pointer avec un sourire convenu que les gens « montent en compétence jusqu’au niveau où ils / elles deviennent incompétent-e ». On doit revaloriser son jardin : sa « masse salariale ». Les salarié-e-s doivent pouvoir entreprendre des initiatives qui renforcent les valeurs de l’entreprise.

Par cette stérilisation de la masse salariale, nous avons perdu et continuons à perdre des idées. Ce manque d’écoute est un crime contre la valeur ajoutée, c’est un crime contre l’esprit d’entreprise et la créativité qui donnent sens à nos efforts et à nos vies. A l’ère de la révolution de l’information et des méthodes agiles nous croyons ce modèle contre-productif et postulons que la valeur ajoutée des entreprises et du travail en général peuvent être accrue par un modèle moins cloisonné et plus transparent.